Tourisme et promenades
La Gaume
La Gaume, au sud des Ardennes et dans la province de Luxembourg, couvre 1/30 du territoire belge. Conjointement avec le Pays d'Arlon plus à l'Est, elle forme la Lorraine Belge appelée naguère "le bon pays lorrain". Alors que le patois de la région d'Arlon est d'origine germanique, celui de la Gaume - le wallon lorrain - est d'origine romane.
C'est une des régions les plus vertes et les moins peuplées de toute la Belgique. Le paysage se compose de bois et de prairies, et l'industrie en est pratiquement absente. La Gaume est un pays de cuestas, une cuesta étant une colline dont l'une des pentes a été rendue abrupte par l'érosion, alors que l'autre forme un plateau légèrement incliné.
La Gaume forme la fin du bassin parisien. Les vents d'ouest, remontant de ce bassin vers les hauts plateaux des Ardennes, bloquent les rigoureux vents d'est familiers des Ardennes et garantissent - dans une partie de la Gaume seulement - un microclimat dont le plus impressionnant effet se situe à Torgny, un village "provençal" avec vignobles et criquets.
La nature de la Gaume est incomparable avec celle des Ardennes; elle est plus douce et accueillante. C'est une région où on vit avec la nature et avec les saisons, et où on prend le temps de vivre. On y voit encore en été des coquelicots le long des champs et des routes.
La région subit graduellement une "déforestation invisible" : les plus beaux et gros arbres sont systématiquement abattus, livrés en proie à la loi du profit. Comme partout ailleurs, les villages s'étendent rapidement et grignotent dans les espaces de nature. La Gaume reste néanmoins merveilleuse, et certaines forêts gardent une splendeur inégalée, comme celle qui s'étend des Epioux à Chassepierre et qui appartient étrangement à... la ville de Mons.
De ses habitants, Jean-Claude Servais (un excellent créateur de BD de la région) a dit : C'est pour cela que je vis en Gaume : j'estime que les Gaumais sont des gens très spontanés, très francs et qui n'essayent pas de se donner les allures de ce qu'ils ne sont pas.
Quelques lieux particuliers
Voici quelques pistes pour explorer la région. Ce sont de beaux coins de nature et/ou des lieux à forte connotation spirituelle. Pour votre facilité, ils sont classés en étoile autour de Florenville, partant de cette petite ville pour s'en éloigner toujours plus.
Et, avant de vous mettre en route, préparez-vous à jouer avec toutes les nuances de vos changements de vitesse. Car sur les mêmes routes régionales alternent des limitations à 90 km/h (standard), à 70 km/h, à 50 km/h (traversées des villages), voire à 30 km/h (les fameuses "Zone 30" essentiellement à hauteur des écoles). Une minute de distraction, et hop! la police gaumaise qui ne manque pas d'imagination dans le choix de ses planques vous a pris en photo. Un joli souvenir de vacances...
A Florenville :
- Vue imprenable en haut du clocher de l'église.
- Pour assister au brâme des cerfs (+- 20 septembre-début octobre), prendre direction Martué, puis rapidement direction Laiche, ensuite dans la montée un chemin de pierres sur la droite. Arrêtez-vous à la clôture et observez.
Axe Florenville-Bouillon :
- Le long de la N 83, à hauteur de Chassepierre, se trouve un exceptionnel point de vue qui mérite un arrêt.
- Un magnifique but de promenade: la Roche à l'Appel à Muno. Forêt, rivière, grimpette, point de vue, chemins dégagés, calme, nature variée. Sur la N 83 Florenville-Bouillon, à quelques kilomètres de Florenville, prendre direction Muno. C'est fléché à partir du centre du village.
- Dans le village de Ste Cécile, au début de la route vers Herbeumont se trouve une antique statue en pierre d'une Vierge assise, probablement une de ces Vierges Noires dont la région est friande.
- Un petit peu plus loin sur la N 83, suivez les indications vers Herbeumont. Vous verrez un calvaire (Christ en croix) au bout d'une des rues partant du carrefour principal du village. Montez la rue sur la gauche du calvaire; vous arrivez aux ruines du château-fort d'Herbeumont construit en 1258. Le point de vue sur les méandres de la Semois et sur les forêts de sapins vous démontre sans erreur possible que vous vous trouvez en Ardennes. Ce site, accessible en permanence au public, est merveilleux de calme et d'isolement. Un lieu idéal pour passer quelques heures méditatives. Une petite ballade dans les forêts le long de la colline vous apporte de la fraîcheur même lors des plus chaudes journées.
Axe Florenville-Carignan :
- Prenez direction Carignan, puis Mouzon, où vous trouvez l'Eglise abbatiale gothique Notre-Dame et ses orgues.
- Beaucoup plus éloigné, en France, signalons que Charleville-Mézières est le berceau de Rimbaud. On y trouve le musée Arthur Rimbaud, et la ville organise parfois des activités qui lui sont consacrées. Charleville-Mézière est une ville très culturelle. Voyez plus loin le lien vers le festival mondial de marionnettes.
Axe Florenville-Neufchâteau :
- Passionnante transition entre les forêts de Gaume (côté Florenville) et des Ardennes (côté Neufchâteau)! Nombreuses ballades dont j'espère vous entretenir bientôt. Voici déjà une première destination. Peu après Lacuisine (venant de Florenville), prenez direction Les Epioux. Garez dans les environs du lac. Explorez.
- Chiny est le premier village après Florenville. Lieu autant résidentiel que touristique, on y embarque pour des descentes en kayak de la Semois. Au centre du village, prenez direction Leglise/Neufchâteau (N 894), traversez la Semois, et trouvez sur la hauteur un point de vue (indiqué depuis la route) parmi les plus beaux de la région. Il faut marcher un petit peu à partir de la route. J'adore y passer une heure ou deux à écrire sur la table en gros bois.
- Plus loin sur la N 894 (entre Chiny et Suxy, au croisement avec la route Izel-Straimont) se trouve un impressionnant édifice dédié à la Vierge, dont l'inscription mentionne "Veille sur moi qui passe en t'invoquant, ô tendre mère". Une association de volontaires de la région oeuvre à restaurer ce monument construit en 1911 en grande forêt de Chiny (renseignements au 061/32.90.64).
Axe Florenville-Virton :
- A la sortie de Florenville, bifurquez vers Chameleux: quelques maisons au fond d'une belle petite vallée, et un point de jonction d'aussi belles ballades. Il fait bon se poser au café-snack 'Le Chameleux' (fermé mardi soir et mercredi) et sa terrasse au milieu de la vallée. Réception GSM malaisée dans ce petit caisson naturel. Les ruines du relais gallo-romain anciennement situé sur la chaussée Reims-Trèves ne sont pas des plus excitantes. Poussez plutôt une pointe jusqu'au petit village français de Williers en haut de la colline.
- L'abbaye d'Orval nous accueille pour la visite de ses ruines au milieu desquelles trône un chêne magistral, pour l'abbaye contemporaine et ses offices religieux, et aussi pour un petit magasin dont les ouvrages sont intelligemment triés sur le volet. L'abbaye produit également la bière, le fromage et le pain d'Orval. Leur bière se sert juste frais (de la cave) et pas froid du frigo comme une vulgaire chope. Elle se verse en tenant le verre incliné... doucement !! On ne vide pas le fond de la bouteille. La bière doit rester claire. Le dépôt de levure est de l'engrais pour les plantes vertes.
- Face à l'abbaye se trouve la route vers mon village de Villers-devant-Orval, qui voue une dévotion exceptionnelle à Saint Gengoulf. Vous trouverez un portrait de ce saint hors-normes plus loin sur la présente page.
- Traversez Villers-devant-Orval. Au-délà de la frontière, en France, fléché à partir de Margut, l'Ermitage de St Walfroy. Le diacre St Walfroy a vécu sur cette colline à partir de 565, évangélisant la population locale qui a abjuré sa dévotion à la déesse celte Arduinna. Cette déesse tutélaire, flanquée d'un sanglier, a donné son nom à la région des Ardennes. L'ermitage dégage encore aujourd'hui la rigueur de cet ermite qui, comme les stylites d'Orient, se tenait sur une colonne pour y endurer le climat ardennais. Le silence et le point de vue sur le pays d'Yvois sont imprenables. Divers ordres religieux s'étant succédés à travers les siècles pour gérer l'ermitage (le dernier en date s'étant implanté en 1989), le lieu est plus intéressant pour lui-même que par sa tradition religieuse.
- Egalement en France, la cathédrale d'Avioth et sa Vierge Noire. Cette cathédrale en cours de rénovation trône au centre d'un petit village. La direction d'Avioth est fléchée sur la N 88 Florenville-Virton, non loin d'Orval. Lisez plus loin la présentation de la Vierge Noire, ainsi que celle du dragon.
- Merveilleux (et même émouvant) coin de nature, le Gros Cron est une roche calcaire du sommet de laquelle jaillit une fraîche source aux propriétés pétrifiantes. A Meix-devant-Virton (sur la N 88 Florenville-Virton), prenez direction Lahage (La Hache sur certaines cartes). Le Gros Cron est bien fléché à partir du centre de ce village. Laissez votre voiture à l'orée du bois et continuez à pied. N'espérez pas l'y voir, mais sachez qu'on a découvert sur le promontoire du Gros Cron les traces d'un refuge celte datant du 1er siècle avant J.C., avec un double fossé et une enceinte de pieux. Sous les Romains, un bain public avait été aménagé aux abords de la source. Du Moyen Age à la Révolution française, le creux au pied du rocher a abrité un ermitage. Bien malin le promeneur qui devinerait tout cela en se reposant en ce coin de paradis avec vue sur chemin de fer...
- Les ruines du château de Montquintin, datant du 10e siècle, proposent un magnifique point de vue sur le pays de Virton. Leur position en bordure de village et la présence dans le paysage de la 'cellulose des Ardennes', une des rares usines de la région, ne donnent malheureusement pas envie de s'y attarder. Juste avant l'entrée de Virton, prenez la N 871 direction Rouvroy, puis bifurquez immédiatement sur Monquintin.
- Plus loin sur cette même N 871, suivez les indications vers Torgny, un magnifique petit village touristique de style provençal.
A Virton :
- Curiosité: un totem canadien, un exemplaire problement unique en Belgique, se trouve face au bureau de tourisme de Virton. C'est le cadeau de départ de militaires canadiens enchantés de l'hospitalité locale. Ils ont occupé une base d'aviation militaire à Marville de 1954 à 1967. En cas d'intérêt pour cette époque qui a fortement marqué la région, procurez-vous le livre très documenté 'Marville RCAF Air Base 1954-1967' chez Pierre Baar, 22 rue de la Station, 6762 Saint-Mard, tél. +32 (0)63/57.88.50 après 18h30. Le totem a été inauguré le 11 mars 1967 en présence de cinq mille personnes.
- A Virton également, rue Bouvier, se trouve un monument aux morts inintéressant, si ce n'est pour une statue du Christ dans une position dans laquelle on le voit rarement. Il semble donner un soin de Reiki...
- Dans le fond de l'église de Virton se trouve un tableau représentant Saint Bernard buvant le lait de la Vierge. C'est une allégorie de l'initiation: le lait miraculeux de la Vierge est l'aliment spirituel qui permet l'évolution spirituelle. L'action de Saint Bernard semble avoir favorisé grandement le culte de la Vierge Marie qu'il appelait Notre Dame.
- Passez également par le bâtiment du CPAS pour admirer les petits dragons en fonte (voir la présentation plus loin dans le texte).
En étoile autour de Virton :
- Le Chêne du Bon Dieu à Ruette. Sur la N 88 Virton-Aubange, à quelques kms de Virton, traversez le village de Ruette et montez la rue de Saint-Pierremont. A l'entrée de la forêt, un petit Christ en croix est incrusté dans un vieux et tout petit arbre. Là, vous vous trouvez entre ciel et terre dans une inversion de repères: le panorama est en-dessous de vous, et la forêt au-dessus. Un bel endroit de méditation ou de pique-nique. Préférez un jour de beau temps, pour avoir une vue dégagée...
- Le Trou des Fées à Croix Rouge, au croisement de la N 87 Etalle-Virton et de la N 879 Bellefontaine-Ethe. Direction Ethe, panneau en bois après quelques mètres sur la droite (si vous venez de Virton, prenez la direction d'Arlon, puis à Ethe prenez la N 879 direction Croix Rouge/Bellefontaine). Plus loin, le chemin vers le Trou des Fées bifurque à 90° vers la droite, et il n'y a aucune indication. Ne le ratez pas. Vous arrivez à une colline pleine de petites grottes. Douceur de la nature. Proche de la route, dommage. Contrastant avec le décor idyllique, on dit que les fées apparaissent parfois métamorphosées en chiens noirs. Elles explorent alors les environs en faisant mille et une méchantes farces aux humains, comme d'incendier leurs fagots. Préférez le printemps et l'été pour votre visite aux fées, quand il y a beaucoup de végétation. Idéal pour y passer une heure avec les enfants.
- Les ruines gallo-romaines du château de Montauban, ne sont plus constituées que de quelques vieilles pierres. Mais une observation attentive du site nous raconte les hommes qui ont vécu là. Situé au coeur d'une riche forêt, ce lieu porte les traces d'une intense activité. De clairières artificielles ont été crées aux alentours du château, probablement pour y exercer des activités de fermage, et on peut encore voir les ruines des forges plus bas dans la vallée, le long de l'eau. Les habitants du lieu étaient des travailleurs qui ont trouvé là le lieu idéal pour exercer leurs activités. Le lieu est également appelé château des quatre fils Aymon, car les mythiques frères montés sur leur cheval Bayard l'auraient reconstruit lors de leur conflit avec Charlemagne. Il semble, en tous cas, que le château a été fortifié au Moyen-Age d'un immense donjon et d'un large fossé. Cet endroit, où la nature a repris ses droits, plaira surtout aux âmes romantiques. De Virton, prenez la direction d'Arlon, puis à Ethe prenez la N 879 direction Croix Rouge/Bellefontaine). Prenez, sur cette route, la direction Buzenol/Montauban. Le site se trouve le long de cette route. Dans l'autre sens, prenez la direction de Virton à partir d'Etalle, puis bifurquez rapidement sur Buzenol.
- Sur la même N 879, mais à l'opposé d'Ethe dans la direction de Gomery, se trouve un petit dolmen du néolithique tout rikiki. Mais bon, un dolmen c'est un dolmen, n'est-ce pas... :o)
- Le calvaire et la chapelle de Wachet, à Saint-Léger, le long de la N 82 Virton-Arlon. La chapelle, isolée en pleine nature, est dédiée à Marie. Diverses représentations, dont quatre vitraux, déclinent plusieurs aspects de la Vierge: fille de Ste Anne (virgo pariot), la mère du Christ (la Vierge Ste Marie), la Vierge de Beauraing (convertissez les pêcheurs), la descente de croix (consolatrice des affligés)... Au-dessus de l'entrée se trouve une petite Vierge Noire, que la brochure officielle ne mentionne évidemment pas. La chapelle est précédée d'un chemin de croix en pierre. Vous pouvez également l'aborder par l'autre côté, en évitant le chemin de croix. C'est un merveilleux endroit de méditation, où la spiritualité se trouve au coeur de la nature. La chapelle fut édifiée en 1668 sur l'emplacement d'un ermitage (logis de l'ermite) déjà cité en 1559.
- Quelques mètres plus loin, juste après la sortie de Saint-Léger direction Arlon, tournez à gauche vers le Fourneau David / Les Iris. Attention, cette indication n'est pas visible de loin. Roulez jusqu'au bout et garez près du lac de pêche. Suivez la ballade 16 qui file sur la droite derrière le lac. Arrivé au croisement avec un autre chemin, tournez à gauche vers le trou du Pérou, c'est indiqué. Vous arrivez dans un petit coin de nature époustouflant, à croire qu'on n'est pas en Belgique. N'hésitez pas à vous mouiller sous la petite cascade.
- Poussez une pointe jusqu'à Arlon pour admirer la cathédrale Saint Martin (lisez la présentation du dragon plus loin dans le texte).
Voici un lieu très particulier qui se situe à plus d'une heure de route de la Ferme de Gérardnoue :
- La Ferme des Bisons près de Bastogne, qui organise un festival indien annuel.
Cette liste est mise à jour au gré de mes pérégrinations.
Maisons du tourisme
- Au syndicat d'initiative de Florenville, vous trouverez des cartes d'état-major, des brochures, les horaires des transports en commun, etc. La Maison du Tourisme se trouve sur le parking au centre de Florenville. Le site officiel de la commune de Florenville est plus administratif que le précédent.
- La plus vaste Maison du Tourisme de Gaume est située à Virton.
- Le Beau Canton de Gaume, très actif dans la préservation et la mise en valeur des patrimoines naturels et culturels de la région.
- La Maison du tourisme du Pays de la Semois entre Ardenne et Gaume couvre Florenville, Chiny et Herbeumont.
- Le Pays de la forêt d'Anlier dans les Ardennes, près de Habay, est renommée pour la qualité de la forêt et pour le brame des cerfs en septembre.
- La Maison du Tourisme du Pays d'Arlon nous sort de la Gaume pour visite la partie Est de la Lorraine belge.
- Pour le tourisme et les randonnées du côté français de la frontière, adressez-vous au Pavillon d'Accueil du Territoire du Sanglier à Mogues. Il est isolé le long de la nationale reliant Florenville à Carignan. Il est également fléché à partir du mignon petit village de Chameleux à la sortie de Florenville. Voici un lien utile pour le tourisme en France.
- Enfin, le site Ardennes-info, qui inclut la Gaume, propose un moteur de recherche particulièrement performant.
Chasse
- La promenade en forêt est dangereuse (et interdite) en certains jours, pendant la période de chasse de mi-septembre à mi-janvier. Le planning établi par village est disponible au Cantonnement Eaux et Forêts, tél.: 063-31 25 22. Dans certains coins, il est interdit de pénétrer en forêt entre 17h et 9h du matin, dans les périodes du 15 au 31 mai, et du 15 juillet au 15 août.
Publications
- Livres La Transgaumaise d'André Pierlot, 140 km de randonnées pédestres (Casterman) et Chemins de Gaume de Claude Raucy (Syndicat d'Initiative de Virton).
- Fiche topographique du Chemin des Pélerins (tronçon local du chemin vers Compostelle) récemment restauré disponible en appelant le 061/32.08.26 ou le 061/31.30.82.
- Les librairies vendent également des livrets touristiques, par exemple Orval, Hier et aujourd'hui, Bière et fromage, Promenades choisies de Julien Van Remoortere.
- Gloire locale, beaucoup de bandes dessinées de Jean-Claude Servais ont la Gaume pour cadre. Lisez en particulier Fanchon dans la collection Aire Libre. Le livre "La Gaume de Jean-Claude Servais" est un ouvrage documentaire autant que poétique liant la région à l'oeuvre qui en est issue. Rendez visite à la librairie Le club de la BD dans le centre de Florenville, elle est un dépositaire de choix des oeuvres de Servais...
- Imposant "Dictionnaire encyclopédique des patois de Gaume". 30 ans de travail pour 8.000 mots et leurs 16.000 dérivés et synonymes, tenant compte des accents et des variétés de patois d'un village à l'autre. A obtenir auprès de l'auteur Roger Moreaux, chemin de la Trapperie, 6720 Habay. Téléphone : 063/42.32.41
Evénements culturels et spirituels
- Bouddha-Gaume vous renseigne à propos des activités bouddhistes dans la région.
- Académie Internationale d'Eté de Wallonie à Neufchâteau et Libramont: cours et ateliers de musique, arts plastiques, danses et musiques traditionnelles, arts de la scène.
- Festival des Contes de Chiny: le conte dans tous ses états.
- Festival International des Arts de la Rue à Chassepierre: les saltimbanques d'autrefois créent aujourd'hui les arts de la rue! Les rues de Chassepierre sont bondées pendant quelques jours.
- Le Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes à Charleville-Mézières (France): LE festival de référence dans le milieu de la marionnette se tient tous les trois ans. En 2003, il a présenté 250 troupes venant de 36 pays.
- Le Gaume Jazz Festival à Rossignol et Tintigny.
- Festival du Film Européen au cinéma Patria de Virton. Renseignements: 063/58 20 28.
- Pour amateurs du ballon rond : le site de Foot gaumais
Marchés
- Florenville : premier mercredi matin du mois.
- Arlon : chaque jeudi matin.
- Virton : chaque vendredi matin.
- Grande brocante de Florenville chaque dernier dimanche de mars à novembre (excepté juillet), de 6h à 18h.
La Vierge Noire d'Avioth
(...) à l'époque de Nostradamus qui était aussi celle des grandes épidémies, la foule des pélerins d'Avioth n'avait ni bâton, ni besace. C'était une procession quotidienne de femmes en noir et ce qu'elles serraient sous le châle n'était pas une pierre, bien qu'aussi lourd et aussi froid, mais un cadavre d'enfant.
Il en venait de tous les coins d'Ardenne et de Lorraine, grands-mères ou parentes, sages-femmes qui marquaient le pas au sommet de la butte à cause de leur macabre fardeau. Elles reprenaient haleine devant le porche, parcourant machinalement les sculptures où s'ouvrent les cerceuils, où les squelettes se revêtent de chair pour paraître en paradis. Elles n'en demandaient pas plus, les braves femmes, pour le pauvre corps qu'elles portaient, qu'il ait droit lui aussi à un coin de paradis!
Ceux-là étaient morts-nés ou morts trop tôt, donc voués aux limbes où errent les âmes sans baptême. Mais la dame d'Avioth avait le pouvoir de leur rendre cette lueur de vie, quelque chaleur ou rougeur, parfois un mouvement qui permettrait au curé de leur conférer valablement le sacrement des élus. C'est ce qu'on appelait le baptême d'Avioth et, dans peu de minutes, le miracle allait se renouveler.
Le seuil franchi, elles baisseront le regard au premier pilier et se signeront car les y guette le Verbouc, ce diable qui emporte en croupe les sorcières au sabbat. Le recteur a beau expliquer que Sainte Marguerite n'a rien d'une sorcière et que les lois de l'iconographie sacrée l'obligent à jaillir, mains jointes, de l'échine d'un dragon, les gens du pays n'en pensent pas moins. La bête qu'un artiste a voulue plus satanique que nature, n'est pourtant là que pour jouer Cerbère de Celle qui, dans la pénombre du sanctuaire et la fumée des cierges, attend impassible ses funèbres quémandeuses.
Malgré qu'on ait fraîchement barbouillé sa face d'un sacrilège ripolin blanc, Notre Dame d'Avioth, patronne du duché de Luxembourg, est une de ces fameuses Vierges Noires, toutes assises et très vieilles, dont il n'est pas douteux qu'elles aient eu l'Egypte pour patrie.
Une comune légende unit en effet ces Dames à propos de chevaliers chrétiens prisonniers du sultan sur les bords du Nil qui, les ayant implorées un soir, se seraient à l'aube réveillés chez eux, encore chargés des chaînes de leur captivité. C'est la raison pourquoi il y a toujours eu des fers pendus parmi les ex-voto de leurs chapelles. Ainsi la Recevresse, merveilleux petit monument du cimetière où les pélerins d'Avioth déposaient leurs offrandes, en a gardé accrochés à sa voûte.
(...)
Le hasard n'entre jamais pour rien dans la naissance d'un culte à une Vierge Noire. Celle d'Avioth fut trouvée vers les temps de la croisade, comme il sied. Quelque pâtre l'aperçut dans les branches d'un chêne. L'arbre était planté sur une butte déserte au pied de laquelle jailissait une source. Apprenant la nouvelle, le curé de Thonne-la-Long, paroisse dont l'endroit relevait, fit transporter la statue en son église Saint-Brice. Le lendemain, la Vierge était revenue miraculeusement s'asseoir dans son arbre, phénomène qui se répéta plusieurs jours d'affilée. Ainsi débute toute légende de Vierge Noire, car il est important qu'il y eût à la fois près d'Elle le chêne et l'eau.
On éleva pour les seuls pélerins, l'incroyable cathédrale solitaire qui n'eut finalement de paroisse qu'avec le Concordat. Le lieu n'avait même pas de nom. Quelqu'un l'appela par le début de l'invocation qu'on voit encore figurer sur le vieux sceau de la fabrique: Ave + O + Theotocos + Virgo... Aveoth ou 'Salut, ô Vierge qui enfante d'un Dieu!'
On ne comprit cependant tout à fait la résistance - le jeu - du curé de Thonne-le-Long qu'en 1880, quand une campagne de fouilles se fit à la limite des deux actuelles communes, au lieu-dit Fontaine. Un paysan découvrit alors dans son champ de Prêle, à trois cents pas d'une villa gauloise à hypocauste qu'on venait de mettre à jour, un édifice plus petit où il déterra une statue de pierre représentant une déesse assise.
Ainsi donc l'artiste qui avait sculpté noire et sur un siège la Vierge d'Avioth savait, comme le curé de Thonne-le-Long, l'existence, là, d'un antique culte à la déesse mère, venu du fond des âges et qu'il convenait de restaurer. Isis, ont écrit les Latins, était vénérée à travers les Gaules.
(extrait de 'l'Ardenne Mystérieuse' de Saint-Hilaire, Rossel Editions)
Le dragon
En cherchant bien, on trouve le dragon – logiquement et paradoxalement – sur des lieux religieux. A commencer par la cathédrale Saint-Martin à Arlon, dont le campanile est orné de huit dragons ailés, orientés dans tous les sens. Ils semblent interdire l’approche du lieu. N’oublions pas que le dragon est souvent représenté comme le gardien de trésors, de princesses ou de lieux sacrés. C’est par lui qu’il faut passer pour accéder à la lumière via un processus alchimique de transformation intérieure. Notons que le chiffre huit est également celui du signe astrologique du Scorpion, l’antre énergétique de l’animal démoniaque. Deux dragons gardent également chacun des portails latéraux de la cathédrale. Ils ont les traits de la Vouivre, représentante du courant tellurique qui nous fait descendre sous la terre. A l’intérieur de l’édifice, nous le retrouvons sans ailes et sans pattes, mais avec la queue reconnaissable en forme de flèche, aux pieds de la Vierge.
Ailleurs dans la région, la cathédrale d’Avioth héberge sur un pilier de sa nef centrale une représentation de Sainte Marguerite assise sur le dos du dragon. Moins populaire que Saint Michel, elle est une autre figure spirituelle qui a vocation d’affronter le monstre.
A mi-chemin entre Arlon et Avioth, arrêtons-nous à Virton où le dragon se fait discret mais où il remplit néanmoins une fonction intéressante. Au coin des rues des Fossés et des Combattants se trouve le nouveau bâtiment du CPAS (Centre public d’aide sociale), anciennement propriété de la famille Louette. Les dragons en fonte qui se trouvent sous les fenêtres de l’étage étaient placés là pour protéger la maison de l’influence du mal. La porte d’entrée a cependant été ornée d’angelots. Lors de votre passage, vous verrez – ou ne verrez pas – un Christ en croix dans le jardinet de la maison. La destination définitive de cette croix datant de 1946 fait en effet l’objet d’une dispute entre élus socialistes et chrétiens.
Merci aux habitants et aux visiteurs de la région de compléter cette liste s’ils débusquent le dragon en d’autres endroits.
Saint Gengoulf
Jusqu'à la Révolution française, Villers-devant-Orval relevait du diocèse de Trèves qui recouvrait des parties de la France, la Belgique, le Luxembourg et l'Allemagne actuels. Ce qui expliquerait son affiliation à un saint d'origine germanique. Serait-ce pour cela que les flamands se sentent chez eux à Villers-devant-Orval? La majorité des fermiers de la région sont les descendants de fermiers flamands immigrés, et une véritable communauté de thérapeutes et d'accompagnateurs spirituels flamands ou d'origine flamande s'y installe progressivement depuis ce début de siècle.
Faisons, si vous le voulez bien, un flashback de quelques siècles. Le 11 mai 763 meurt un certain Gengoulf, victime d'un complot fomenté par son épouse Ganéa. Que s'est-il donc passé?
Messire Gengoulf, dont le prénom nous est inconnu, est né en 703 à Varennes-sur-Amance, à quatre lieues de Langres. Né dans une ancienne et noble famille bourguignonne habitant le château de Varennes, il est un racé de formation spirituelle et morale très soignée, avec une éducation sportive remarquable. Il pratique couramment la chasse et la pêche. Comte de Bourgogne, perdant ses parents à vingt ans, il se retrouve à la tête d'une fortune non négligeable. Beau parti pour la noblesse de la Bourgogne et de l'Ardenne, il est invité permanent aux chasses et aux tournois. Il épouse dans ce milieu la belle Ganéa. Celle-ci prend-elle amant avant ou après le départ à la guerre de son époux? Toujours est-il que messire Gangulphe (il y a vingt-quatre manières différentes d'écrire ou de prononcer son nom) est réquisitionné avec tous ses hommes d'armes pour assister Pépin le Bref dans ses expéditions lointaines. Il voyage même tout un temps avec Charlemagne, au rang de ses proches. Au retour des guerres, las du comportement de sa femme, il se sépare d'elle sans faire d'esclandre. C'est au château d'Avallon en Yonne que l'amant de Ganéa tue Gangulphe d'un coup d'épée dans son lit.
Son assassin est lui-même assassiné, et Ganéa meurt rapidement de maux grotesques et infamants dont s'emparent la littérature, la chanson et la malice.
Autour du corps de Gangulphe, ramené à Varennes, se produisent de nombreux miracles. Eglises, autels et autres lieux consacrés à Saint Gengoulf se multiplient alors à Trèves, Toul, Mayence, Luxeuil, Aix-la-Chapelle, Liège, en Suisse, en Hollande... Quatre églises lui sont dédiées rien que dans le diocèse de Namur: Florennes, Vielsalm, Chéoux-Rendeux et... Villers-devant-Orval, dont l'église contient encore aujourd'hui une antique statue du Saint, ainsi qu'un vitrail à son effigie.
A l'extérieur de l'église, la place du village anciennement baptisée de son nom comprend une fontaine monumentale surmontée d'une statue (en chêne) du héros haute de 1m40. Habillé en guerrier, casqué avec cotte de maille, brassard et cuissot, protégé par un bouclier et armé d'une lance avec fanion, Saint Gengoulf ou, du moins, sa statue a été restaurée une première fois par Octave Grare suite à la deuxième guerre mondiale qui fut dévastatrice pour le village, et une seconde fois en 1975 par le même artiste, maître sculpteur sur bois. Ce dernier est également le sculpteur des statues de Sainte Rita à Florenville et à Villers-devant-Orval.
Anciennement, on fêtait l'anniversaire de la mort du Saint armé chaque 11 mai. Il y avait affluence autour d'un reliquaire du 13e siècle en cuivre doré, entouré de pierres précieuses ayant la forme d'un avant-bras, surmonté d'une main. On y venait de toute la Gaume et des régions frontalières françaises.
Aujourd'hui, sa célébration a changé de forme. La procession est remplacée par une petite kermesse, mais on fête toujours le Saint. La fête communale tombe sur le quatrième dimanche qui suit le Lundi de Pâques. Le mardi qui suit ce dimanche, c'est la fête à Gengoulf, Les jeunes de la région placent une échelle au pied de la statue. Pendant que les habitants chantent, une personne est désignée pour détacher le vieux bouquet de fleurs artificielles du Saint. Elle le remplace par un autre qui tiendra une nouvelle année.
A quelles réflexions pourrait nous inviter aujourd'hui Saint Gengoulf, un martyr de l'infidélité qui a survécu à toutes les guerres mais pas à l'amant de sa femme, puis un saint à l'origine de nombreux miracles? A une plus grande tolérance vis-à-vis des relations multiples? A l'abandon de la possession d'un être humain par un autre être humain? A l'ouverture du coeur envers chaque être humain? A devenir un guerrier de l'amour, un guerrier de lumière?
Merci à 'Le journal du Beau Canton', édition du 18 mai 2005, à feu le syndicat d'initiative de Villers-devant-Orval et à sa brochure de 1970 'Saint Gengoulf, patron de la paroisse de Villers-devant-Orval et son environnement', ainsi qu'à l'ancien propriétaire de la Ferme de Gérardnoue et à l'épicière du village pour leurs contributions involontaires à cette présentation.


