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    La Gaume

    La Gaume, au sud des Ardennes et dans la province de Luxembourg, couvre 1/30 du territoire belge. Conjointement avec le Pays d'Arlon plus à l'Est, elle forme la Lorraine Belge appelée naguère "le bon pays lorrain". Alors que le patois de la région d'Arlon est d'origine germanique, celui de la Gaume - le wallon lorrain - est d'origine romane.

    C'est une des régions les plus vertes et les moins peuplées de toute la Belgique. Le paysage se compose de bois et de prairies, et l'industrie en est pratiquement absente. La Gaume est un pays de cuestas, une cuesta étant une colline dont l'une des pentes a été rendue abrupte par l'érosion, alors que l'autre forme un plateau légèrement incliné.

    La Gaume forme la fin du bassin parisien. Les vents d'ouest, remontant de ce bassin vers les hauts plateaux des Ardennes, bloquent les rigoureux vents d'est familiers des Ardennes et garantissent - dans une partie de la Gaume seulement - un microclimat dont le plus impressionnant effet se situe à Torgny, un village "provençal" avec vignobles et criquets.

    La nature de la Gaume est incomparable avec celle des Ardennes; elle est plus douce et accueillante. C'est une région où on vit avec la nature et avec les saisons, et où on prend le temps de vivre. On y voit encore en été des coquelicots le long des champs et des routes.

    La région subit graduellement une "déforestation invisible" : les plus beaux et gros arbres sont systématiquement abattus, livrés en proie à la loi du profit. Comme partout ailleurs, les villages s'étendent rapidement et grignotent dans les espaces de nature. La Gaume reste néanmoins merveilleuse, et certaines forêts gardent une splendeur inégalée, comme celle qui s'étend des Epioux à Chassepierre et qui appartient étrangement à... la ville de Mons.

    De ses habitants, Jean-Claude Servais (un excellent créateur de BD de la région) a dit : C'est pour cela que je vis en Gaume : j'estime que les Gaumais sont des gens très spontanés, très francs et qui n'essayent pas de se donner les allures de ce qu'ils ne sont pas.

    Quelques lieux particuliers

    Voici quelques pistes pour explorer la région. Ce sont de beaux coins de nature et/ou des lieux à forte connotation spirituelle. Pour votre facilité, ils sont classés en étoile autour de Florenville, partant de cette petite ville pour s'en éloigner toujours plus.

    Et, avant de vous mettre en route, préparez-vous à jouer avec toutes les nuances de vos changements de vitesse. Car sur les mêmes routes régionales alternent des limitations à 90 km/h (standard), à 70 km/h, à 50 km/h (traversées des villages), voire à 30 km/h (les fameuses "Zone 30" essentiellement à hauteur des écoles). Une minute de distraction, et hop! la police gaumaise qui ne manque pas d'imagination dans le choix de ses planques vous a pris en photo. Un joli souvenir de vacances...

    A Florenville :

    Axe Florenville-Bouillon :

    Axe Florenville-Carignan :

    Axe Florenville-Neufchâteau :

    Axe Florenville-Virton :

    A Virton :

    En étoile autour de Virton :

    Voici un lieu très particulier qui se situe à plus d'une heure de route de la Ferme de Gérardnoue :

    Cette liste est mise à jour au gré de mes pérégrinations.

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    La Vierge Noire d'Avioth

    (...) à l'époque de Nostradamus qui était aussi celle des grandes épidémies, la foule des pélerins d'Avioth n'avait ni bâton, ni besace. C'était une procession quotidienne de femmes en noir et ce qu'elles serraient sous le châle n'était pas une pierre, bien qu'aussi lourd et aussi froid, mais un cadavre d'enfant.

    Il en venait de tous les coins d'Ardenne et de Lorraine, grands-mères ou parentes, sages-femmes qui marquaient le pas au sommet de la butte à cause de leur macabre fardeau. Elles reprenaient haleine devant le porche, parcourant machinalement les sculptures où s'ouvrent les cerceuils, où les squelettes se revêtent de chair pour paraître en paradis. Elles n'en demandaient pas plus, les braves femmes, pour le pauvre corps qu'elles portaient, qu'il ait droit lui aussi à un coin de paradis!

    Ceux-là étaient morts-nés ou morts trop tôt, donc voués aux limbes où errent les âmes sans baptême. Mais la dame d'Avioth avait le pouvoir de leur rendre cette lueur de vie, quelque chaleur ou rougeur, parfois un mouvement qui permettrait au curé de leur conférer valablement le sacrement des élus. C'est ce qu'on appelait le baptême d'Avioth et, dans peu de minutes, le miracle allait se renouveler.

    Le seuil franchi, elles baisseront le regard au premier pilier et se signeront car les y guette le Verbouc, ce diable qui emporte en croupe les sorcières au sabbat. Le recteur a beau expliquer que Sainte Marguerite n'a rien d'une sorcière et que les lois de l'iconographie sacrée l'obligent à jaillir, mains jointes, de l'échine d'un dragon, les gens du pays n'en pensent pas moins. La bête qu'un artiste a voulue plus satanique que nature, n'est pourtant là que pour jouer Cerbère de Celle qui, dans la pénombre du sanctuaire et la fumée des cierges, attend impassible ses funèbres quémandeuses.

    Malgré qu'on ait fraîchement barbouillé sa face d'un sacrilège ripolin blanc, Notre Dame d'Avioth, patronne du duché de Luxembourg, est une de ces fameuses Vierges Noires, toutes assises et très vieilles, dont il n'est pas douteux qu'elles aient eu l'Egypte pour patrie.

    Une comune légende unit en effet ces Dames à propos de chevaliers chrétiens prisonniers du sultan sur les bords du Nil qui, les ayant implorées un soir, se seraient à l'aube réveillés chez eux, encore chargés des chaînes de leur captivité. C'est la raison pourquoi il y a toujours eu des fers pendus parmi les ex-voto de leurs chapelles. Ainsi la Recevresse, merveilleux petit monument du cimetière où les pélerins d'Avioth déposaient leurs offrandes, en a gardé accrochés à sa voûte.

    (...)

    Le hasard n'entre jamais pour rien dans la naissance d'un culte à une Vierge Noire. Celle d'Avioth fut trouvée vers les temps de la croisade, comme il sied. Quelque pâtre l'aperçut dans les branches d'un chêne. L'arbre était planté sur une butte déserte au pied de laquelle jailissait une source. Apprenant la nouvelle, le curé de Thonne-la-Long, paroisse dont l'endroit relevait, fit transporter la statue en son église Saint-Brice. Le lendemain, la Vierge était revenue miraculeusement s'asseoir dans son arbre, phénomène qui se répéta plusieurs jours d'affilée. Ainsi débute toute légende de Vierge Noire, car il est important qu'il y eût à la fois près d'Elle le chêne et l'eau.

    On éleva pour les seuls pélerins, l'incroyable cathédrale solitaire qui n'eut finalement de paroisse qu'avec le Concordat. Le lieu n'avait même pas de nom. Quelqu'un l'appela par le début de l'invocation qu'on voit encore figurer sur le vieux sceau de la fabrique: Ave + O + Theotocos + Virgo... Aveoth ou 'Salut, ô Vierge qui enfante d'un Dieu!'

    On ne comprit cependant tout à fait la résistance - le jeu - du curé de Thonne-le-Long qu'en 1880, quand une campagne de fouilles se fit à la limite des deux actuelles communes, au lieu-dit Fontaine. Un paysan découvrit alors dans son champ de Prêle, à trois cents pas d'une villa gauloise à hypocauste qu'on venait de mettre à jour, un édifice plus petit où il déterra une statue de pierre représentant une déesse assise.

    Ainsi donc l'artiste qui avait sculpté noire et sur un siège la Vierge d'Avioth savait, comme le curé de Thonne-le-Long, l'existence, là, d'un antique culte à la déesse mère, venu du fond des âges et qu'il convenait de restaurer. Isis, ont écrit les Latins, était vénérée à travers les Gaules.

    (extrait de 'l'Ardenne Mystérieuse' de Saint-Hilaire, Rossel Editions)

    Le dragon

    En cherchant bien, on trouve le dragon – logiquement et paradoxalement – sur des lieux religieux. A commencer par la cathédrale Saint-Martin à Arlon, dont le campanile est orné de huit dragons ailés, orientés dans tous les sens. Ils semblent interdire l’approche du lieu. N’oublions pas que le dragon est souvent représenté comme le gardien de trésors, de princesses ou de lieux sacrés. C’est par lui qu’il faut passer pour accéder à la lumière via un processus alchimique de transformation intérieure. Notons que le chiffre huit est également celui du signe astrologique du Scorpion, l’antre énergétique de l’animal démoniaque. Deux dragons gardent également chacun des portails latéraux de la cathédrale. Ils ont les traits de la Vouivre, représentante du courant tellurique qui nous fait descendre sous la terre. A l’intérieur de l’édifice, nous le retrouvons sans ailes et sans pattes, mais avec la queue reconnaissable en forme de flèche, aux pieds de la Vierge.

    Ailleurs dans la région, la cathédrale d’Avioth héberge sur un pilier de sa nef centrale une représentation de Sainte Marguerite assise sur le dos du dragon. Moins populaire que Saint Michel, elle est une autre figure spirituelle qui a vocation d’affronter le monstre.

    A mi-chemin entre Arlon et Avioth, arrêtons-nous à Virton où le dragon se fait discret mais où il remplit néanmoins une fonction intéressante. Au coin des rues des Fossés et des Combattants se trouve le nouveau bâtiment du CPAS (Centre public d’aide sociale), anciennement propriété de la famille Louette. Les dragons en fonte qui se trouvent sous les fenêtres de l’étage étaient placés là pour protéger la maison de l’influence du mal. La porte d’entrée a cependant été ornée d’angelots. Lors de votre passage, vous verrez – ou ne verrez pas – un Christ en croix dans le jardinet de la maison. La destination définitive de cette croix datant de 1946 fait en effet l’objet d’une dispute entre élus socialistes et chrétiens.

    Merci aux habitants et aux visiteurs de la région de compléter cette liste s’ils débusquent le dragon en d’autres endroits.

    Saint Gengoulf

    Jusqu'à la Révolution française, Villers-devant-Orval relevait du diocèse de Trèves qui recouvrait des parties de la France, la Belgique, le Luxembourg et l'Allemagne actuels. Ce qui expliquerait son affiliation à un saint d'origine germanique. Serait-ce pour cela que les flamands se sentent chez eux à Villers-devant-Orval? La majorité des fermiers de la région sont les descendants de fermiers flamands immigrés, et une véritable communauté de thérapeutes et d'accompagnateurs spirituels flamands ou d'origine flamande s'y installe progressivement depuis ce début de siècle.

    Faisons, si vous le voulez bien, un flashback de quelques siècles. Le 11 mai 763 meurt un certain Gengoulf, victime d'un complot fomenté par son épouse Ganéa. Que s'est-il donc passé?

    Messire Gengoulf, dont le prénom nous est inconnu, est né en 703 à Varennes-sur-Amance, à quatre lieues de Langres. Né dans une ancienne et noble famille bourguignonne habitant le château de Varennes, il est un racé de formation spirituelle et morale très soignée, avec une éducation sportive remarquable. Il pratique couramment la chasse et la pêche. Comte de Bourgogne, perdant ses parents à vingt ans, il se retrouve à la tête d'une fortune non négligeable. Beau parti pour la noblesse de la Bourgogne et de l'Ardenne, il est invité permanent aux chasses et aux tournois. Il épouse dans ce milieu la belle Ganéa. Celle-ci prend-elle amant avant ou après le départ à la guerre de son époux? Toujours est-il que messire Gangulphe (il y a vingt-quatre manières différentes d'écrire ou de prononcer son nom) est réquisitionné avec tous ses hommes d'armes pour assister Pépin le Bref dans ses expéditions lointaines. Il voyage même tout un temps avec Charlemagne, au rang de ses proches. Au retour des guerres, las du comportement de sa femme, il se sépare d'elle sans faire d'esclandre. C'est au château d'Avallon en Yonne que l'amant de Ganéa tue Gangulphe d'un coup d'épée dans son lit.

    Son assassin est lui-même assassiné, et Ganéa meurt rapidement de maux grotesques et infamants dont s'emparent la littérature, la chanson et la malice.

    Autour du corps de Gangulphe, ramené à Varennes, se produisent de nombreux miracles. Eglises, autels et autres lieux consacrés à Saint Gengoulf se multiplient alors à Trèves, Toul, Mayence, Luxeuil, Aix-la-Chapelle, Liège, en Suisse, en Hollande... Quatre églises lui sont dédiées rien que dans le diocèse de Namur: Florennes, Vielsalm, Chéoux-Rendeux et... Villers-devant-Orval, dont l'église contient encore aujourd'hui une antique statue du Saint, ainsi qu'un vitrail à son effigie.

    A l'extérieur de l'église, la place du village anciennement baptisée de son nom comprend une fontaine monumentale surmontée d'une statue (en chêne) du héros haute de 1m40. Habillé en guerrier, casqué avec cotte de maille, brassard et cuissot, protégé par un bouclier et armé d'une lance avec fanion, Saint Gengoulf ou, du moins, sa statue a été restaurée une première fois par Octave Grare suite à la deuxième guerre mondiale qui fut dévastatrice pour le village, et une seconde fois en 1975 par le même artiste, maître sculpteur sur bois. Ce dernier est également le sculpteur des statues de Sainte Rita à Florenville et à Villers-devant-Orval.

    Anciennement, on fêtait l'anniversaire de la mort du Saint armé chaque 11 mai. Il y avait affluence autour d'un reliquaire du 13e siècle en cuivre doré, entouré de pierres précieuses ayant la forme d'un avant-bras, surmonté d'une main. On y venait de toute la Gaume et des régions frontalières françaises.

    Aujourd'hui, sa célébration a changé de forme. La procession est remplacée par une petite kermesse, mais on fête toujours le Saint. La fête communale tombe sur le quatrième dimanche qui suit le Lundi de Pâques. Le mardi qui suit ce dimanche, c'est la fête à Gengoulf, Les jeunes de la région placent une échelle au pied de la statue. Pendant que les habitants chantent, une personne est désignée pour détacher le vieux bouquet de fleurs artificielles du Saint. Elle le remplace par un autre qui tiendra une nouvelle année.

    A quelles réflexions pourrait nous inviter aujourd'hui Saint Gengoulf, un martyr de l'infidélité qui a survécu à toutes les guerres mais pas à l'amant de sa femme, puis un saint à l'origine de nombreux miracles? A une plus grande tolérance vis-à-vis des relations multiples? A l'abandon de la possession d'un être humain par un autre être humain? A l'ouverture du coeur envers chaque être humain? A devenir un guerrier de l'amour, un guerrier de lumière?

    Merci à 'Le journal du Beau Canton', édition du 18 mai 2005, à feu le syndicat d'initiative de Villers-devant-Orval et à sa brochure de 1970 'Saint Gengoulf, patron de la paroisse de Villers-devant-Orval et son environnement', ainsi qu'à l'ancien propriétaire de la Ferme de Gérardnoue et à l'épicière du village pour leurs contributions involontaires à cette présentation.

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  • Pratiquez la louange autant que vous le pouvez. C'est tellement plus gratifiant que de vous accabler de reproches. Trouvez-vous génial, vous le deviendrez plus encore. Trouvez-vous nul, et vous le serez encore plus.

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