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A propos du coupleVous deux, vous êtes comme deux arbres majestueux se tenant l'un en face de l'autre, aux extrémités d'un jardin. Leurs branches tendent vers le même ciel et sont arrosés par le même orage, mais pour celui qui observe, il semble évident que ces deux arbres sont seuls et isolés. Et pourtant, si l'on regarde sous terre, on va découvrir une vie différente car les racines sont entrelacées de sorte que l'on ne peut plus alors conclure qu'ils soient séparés. Les racines sont si larges qu'elles soutiennent et nourrissent le jardin tout entier. Extrait de "Le Portrait du Maître" par James F. Twyman, les Editions des 3 Monts Ce texte décrit joliment la relation de Saint François d'Assise et de Sainte Claire d'Assise. Ils partageaient le même amour pour le père, pour le Christ, pour Dieu qui est présent dans toute chose. Peu après qu'il eut fondé l'ordre masculin des Franciscains pour revigorer la foi et l'Eglise, elle fonda dans son prolongement l'ordre féminin des Clarisses. Ces deux personnes à l'idéal commun vécurent séparés, aux extrémités d'un jardin. Nul doute qu'un même amour les unissait. Etait-ce de l'amour l'un pour l'autre? Peut-être. Nombreuses sont les personnes qui décrivent leur relation comme celle d'un couple. Un couple original. Que partagent les couples d'aujourd'hui? Qu'est-ce qui pousse deux êtres à partager leur vie, une partie de leur vie, leur lit, à se réserver un espace commun, à se couper du monde pour mieux s'aimer? Ou est-ce pour mieux apprendre à aimer? Nous nous marions, me disaient un jour des fiancés, pour apprendre à deux à aimer le monde entier. Cette phrase, extraite d'un journal paroissial du dimanche, m'a profondément touchée. Parce qu'elle est belle, et parce qu'elle ne ressemble en rien à ce que j'avais entendu jusque là. Que connaissais-je à propos du couple? Que savais-je vraiment? Flashback. La première image du couple, c'est les parents. Parents = couple. Rien à voir avec moi, l'enfant. Je ne suis pas en couple, et personne ne s'attend à ce que je sois en couple. Puis, en grandissant, je remarque qu'il y a des couples avec, et des couples sans enfants. Tiens, ça a l'air d'être une norme au-délà de la famille. Et les autres (dont on ne voit pas s'ils ont une ou des relations suivies), on les appelle des 'célibataires'. Couple = relation = relation unique et exclusive pour la vie. Célibataire = pas de relation = seul. OK, ça se précise, c'est comme ça que ça marche. Donc, moi jeune adulte, pour être en relation, je cherche à former mon couple. Premier grand amour, quelle belle relation de couple, qu'est-ce que je suis heureux. C'est parti mon kiki. Trois semaines plus tard, le couple est fini. Ah bon. Y a quelque chose que je pige pas, là. Déception passée, je rééssaie. Prout. Ca marche pas non plus. Alors commence la valse de l'alternance entre quelques années de couple, quelques années de célibat, quelques années de couple, quelques années de célibat, à tel point que ça en devient une routine. Tiens, y a quand même kek'chose qui tient la route. L'amitié. Oui, bien sûr, dans l'amitié, y a pas d'obligations. On se voit quand on veut, on fait c'qu'on veut, on s'écoute, on se respecte. C'est pas comme dans le couple. Alors, forcément, ça tient sur un plus long laps de temps. C'est chouette, l'amitié. Ca fait un très large paysage tout ça. Quelle belle variété de choix: couple ou célibataire, amour ou amitié. Tout le reste est inexistant ou interdit. Waw! Fin du premier flashback. Deuxième flashback, plus récent. Thérapies, ouverture de conscience, guidance spirituelle... Ah, je vais enfin savoir. Je vais recevoir la vérité, je vais comprendre comment ça marche vraiment. En-fin! Alors, mon enseignant, keske t'en dis? Mets-toi en couple, dit-il, reste en couple, dit-il. Au plus ça coince, au plus c'est mieux, au plus l'ego peut s'éroder. C'est comme des pierres dans un sac, qu'il dit. Ca frotte et ça frotte et ça frotte, et les cailloux deviennent des pierres toutes lisses. Il est aussi question de mélanges d'énergies et de toute cette sorte de choses. Oui, c'est vrai, de ces points de vue, ça se tient. Mais pas question de se demander si la relation avec cette personne-là me convient, ou si la formule du couple elle-même me convient. Non. Ces questions-là ne sont pas abordées. Laisse frotter les égos et tu seras libéré. Sado-masochisme en plein. Fin du deuxième flashback. Troisième flashback, encore plus récent. Bon. Maintenant ça suffit. Je me passe des modèles de la société, de la famille, des maîtres spirituels. Je pars seul à la découverte de la relation. Enfin, seul, c'est-à-dire que... en explorant la relation, je rencontre forcément l'autre. Et que me renvoit l'autre? Des étiquettes. En anglais, on dit des pigeonholes, des trous de pigeons. La relation est forcément amoureuse, exclusive et sexuelle, ou alors d'amitié, ou alors de travail. Qu'y a-t-il d'autre? Baillement. Mon Dieu, quel enfermement, quelle pauvreté, quelle sécheresse relationnelle. Fin des flashbacks. Aujourd'hui. L'avantage des flashbacks, c'est qu'il ne faut pas perdre son temps à tout raconter. Quelques images clé, et on a le topo. Le thème du couple, je commence à bien le connaître. Par la suite de ma vie. Par mon exploration. Par mes souffrances. Par mes joies. Par ma conscience. Par mes erreurs. Par mes réussites. Par mon métier. Par de nombreux échanges plus passionnants les uns que les autres. Par des lectures. Des excellentes lectures. Par la subjectivité. Par l'objectivité aussi. Voici quelques pistes de réflexion que je désire partager avec vous aujourd'hui, en toute sérénité et avec le recul nécessaire: 1. Le couple est une arène. Après quelques millénaires de conditionnements et de distortions (Paule Salomon en parle très bien dans 'Bienheureuse infidélité'), les hommes et les femmes sont comme des chiens de combat dressés à s'entre-tuer dés qu'ils sont enfermés ensemble dans un espace clos. Soit le couple s'entend bien parce que les névroses collectives sont enfouies dans le plus profond de leur inconscient, soit il s'entredéchire dans une guerre sans fin. Il est indispensable d'ouvrir le couple pour s'en sortir, d'arrêter de se reprocher personnellement des problématiques globales ou d'exiger de l'autre qu'il corresponde à notre petite névrose personnelle. 2. Abandonnez les étiquettes. Il y a autant de styles de relations qu'il y a de relations. Laissez émergez le potentiel qui sommeille en chacune de vos relations. La première exigence pour réaliser cela: laisser tomber toutes les identifications et toutes les étiquettes. Ainsi, vous serez libres de découvrir et de mettre en pratique la forme - peut-être la seule forme - qui convient à cette relation, qu'elle soit conventionnelle ou étonnante. 3. Aimez-vous les uns les autres. Nous sommes à l'aube de l'Ere du Verseau. Aimez-vous les uns les autres, avait-Il dit au début de l'Ere des Poissons. Il est grand temps de mettre cela en pratique, au-délà des frontières, au-delà des différences, au-délà des séparations, au-délà de nos limitations personnelles, nous dit l'Ere du Verseau. Vous attendez quoi pour vous y mettre? François. |
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| Les personnes de notre passé se méfient de notre futur. |