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A propos de la Belgique

La Belgique est un couple.

Mr ou Mme Flandre a un sens pointu de son identité. Sa langue, sa culture et sa fierté ont été opprimées. Bien avant la création de l'Etat belge, les faits marquants de son histoire ont chaque fois été des formes de redressement du fier Lion des Flandres. La Flandre a fait un long chemin en développement personnel. Elle a son nom propre et se profile en tant que telle dans ses démarches officielles à l'étranger. Les média flamands réfèrent à leur région en la nommant "Flandre". Cette personne se défait toujours plus de la co-dépendance qu'elle vivait dans son couple appelé Belgique. Une partie du peuple désire vivre en interdépendance avec son partenaire belge, ce qui se traduit par une législature et un gouvernement qui ont évolué d'un statut national à un statut fédéral. Une autre partie du peuple, essentiellement politique et/ou activiste, recherche l'indépendance pure et simple.

Mr ou Mme " Belgique francophone " est en plein désarroi face à la poussée indépendantiste de la Flandre. Elle est fusionnelle, et n'a aucune identité propre en dehors de son couple. Sa seule référence est "la Belgique" et tous ses attributs propres, dont la monarchie, dernière garante officielle de l'unité du pays après le remplacement du franc belge par l'euro. Parlant des régions qui constituent la Belgique, les médias francophones utilisent généralement les termes "le nord" et "le sud". Comme toute personne qui a négligé de faire une thérapie ou de suivre un chemin de développement personnel face à un(e) partenaire qui affirme son autonomie, elle souffre de la peur de l'abandon. Face à l'idée d'une séparation, elle est en pleine crise identitaire. Elle est composée d'un patchwork hétéroclite de Wallons, ancrés dans leur tradition culturelle comme l'ensemble de la Flandre peut l'être, de Bruxellois, de belges francophones qui ne sont ni l'un ni l'autre, et d'une minorité de langue allemande qui, elle, n'a aucun problème d'identité.

Bruxelles, la capitale de la Belgique, est francophone de nuit et flamande de jour. Ses habitants francophones sont majoritaires par rapport aux habitants flamands (qui soutiennent très activement leur propre culture). Le matin voit toutefois des cohortes de navetteurs flamands débarquer sur Bruxelles pour y travailler dans ses nombreuses administrations et entreprises. La ville est une enclave dans la région flamande, comme Berlin l'était en Allemagne de l'Est. L'incertitude du futur statut de Bruxelles est le plus grand obstacle à la partition de la Belgique.

Contrairement à la Flandre, la Belgique francophone n'aboutit à aucun consensus identitaire. A défaut de changement d'optique, l'éclatement de la Belgique produirait un état fort (avec ses avantages et inconvénients) en matière d'identité côté Flandre, et un état faible et désemparé côté francophone.

Essentiellement, la Belgique francophone se trouve désormais face à deux options de base. Soit elle continue à paniquer et se fait absorber par une puissance plus grande encore que la Flandre (il est déjà question d'un possible rattachement à la France), soit elle définit enfin son identité propre, ce qui pourrait produire un état indépendant solide.

Si elle choisissait la seconde option, il serait plus que temps de constater que la Belgique francophone n'a pas d'identité propre en dehors de la Belgique. A partir de cette simple constatation, il existe une solution pour lui garantir une indépendance fiable. Il suffirait qu'elle reprenne à son compte la dénomination "Belgique", l'institution de la monarchie, et son statut européen. Ce serait une Belgique qui perpétuerait et ferait évoluer ses traditions après avoir été quittée par la Flandre.

Ainsi cohabiteraient finalement la Flandre et la Belgique, chacun gardant ses attachements. A partir de ces deux identités (ré)affirmées, une nouvelle collaboration fédérative pourrait même être envisagée entre deux partenaires qui ont, après tout, un acquis commun qu'il serait dommage de négliger.

L'interdépendance, remplaçant la codépendance, ne peut en général se vivre qu'après que les protagonistes aient trouvé leurs indépendances respectives.

François De Kock
Mars 2005


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